Un dîner presque parfait



Maman, il faut absolument que je te raconte l’événement très spécial que j’ai vécu le printemps dernier. Laisse tomber quelques minutes ta couture, retire tes lunettes que tu gardes sur le bout de ton nez pour mieux voir le fil que tu fais entrer dans le chat de ton aiguille et écoute-moi, tu vas voir c’est une belle histoire.
 
C’était un samedi, il n’était pas encore 9 heures du matin. Le temps était plutôt gris, mais la quinzaine de sourires (seize en fait en incluant le mien) qui étaient autour de moi se fichaient bien de la température. Nous étions tous fébriles, un peu timides et plutôt impatients de vivre cette journée de rêve avec notre idole et une partie de son équipe.
 
Ce jour là, dans le stationnement du siège social de Ricardo Média, nous allions vivre un moment privilégié au côté du chef du quotidien qui nourrit notre imaginaire culinaire depuis 18 ans. À l’invitation de l’équipe de son émission et de son magazine, nous allions vivre la journée des plus grands fans de Ricardo. Partagez notre passion commune autour d’une table, manger ensemble.
 
Pour te donner une idée de ce que je ressentais ce matin là, imagine que tu es à ma place et que Jehane Benoît t’a invité dans sa cuisine. Incroyable n’est-ce pas!
 
Concours de circonstances
 
Tout ça a commencé par un concours, un concours de circonstances en fait. Comme tu sais, je suis abonné au magazine Ricardo depuis quelques années, mais ce que tu ne sais sûrement pas, c’est que je reçois aussi son infolettre. Ça c’est un genre de petit journal en format numérique qui arrive dans ma boîte de courriel. Ça c’est comme une boîte aux lettres, mais virtuelle. Quand tu remets tes lunettes c’est que tu ne comprends pas ce que je dis…ce n’est pas grave, c’est compliqué pour rien mon affaire.
 
Pour résumer, je lis quelque part que Ricardo Cuisine organise un concours intitulé À la recherche du plus grand fan de Ricardo. Je souris un peu en lisant cela. Je regarde les critères de participation qui sont plutôt simples : envoyer une photo de moi en train de cuisiner avec une brève description de ce qui fait de moi le pus grand fan de Ricardo. Contrairement à la Miss Pepsi de Robert Charlebois, je ne cours pas les concours. Alors, je ne vais pas plus loin.
 
Quelques heures plus tard, je reçois un message de mes amis Chantal et Rychard. Ils me transfèrent le message du concours en me disant simplement : « On trouve que c’est pas mal toi le plus grand fan de Ricardo, tu devrais participer. » C’est vrai que je mon quotidien contient pas mal de Ricardo. On cuisine plusieurs de ses recettes, on a plusieurs de ses livres, on a visité ses trois café-boutiques (on a même attendu dehors à la pluie et au froid pour l’ouverture de sa boutique à Québec), notre cuisine est équipée d’une panoplie de produits de son entreprise et on l’a rencontré dans quelques événements comme le Salon du livre et une soirée VIP à son café de St-Lambert pour mon 50e anniversaire. Sans compter que je parle souvent de lui à mon entourage non seulement pour ses recettes, mais également parce que je trouve que c’est un entrepreneur inspirant. Bref, mes amis avaient raison, je suis sûrement un grand fan, mais je n’étais pas certain d’être le plus grand.
 
Tout un numéro
 
Un après-midi de congé, je me lance donc dans un argumentaire pour expliquer à Ricardo et son équipe pourquoi j’étais un très grand fan. Comment ressortir du lot des centaines d’admiratrices (et de quelques admirateurs tout de même beaucoup moins nombreux) qui allaient faire parvenir une photo et quelques phrases descriptives. Il me fallait trouver un filon, un concept qui accrocherait et surtout trouver les bons mots pour décrire mon admiration. Eureka! Je vais créer un petit magazine qui va raconter en mots et en images pourquoi je suis le plus grand fan. Quelques heures plus tard, j’avais un petit numéro spécial et unique de trois pages intitulé Le plus grand fan, c’est moi et en sous titre Ricardo n’a plus besoin de chercher, je suis là!
Couverture du magazine édition 18e anniversaire
(© Photo : Ricardo Média)


Je sais, c’est étonnant de ma part ce titre un peu prétentieux puisque tu me connais pas mal plus humble et timide. Comme toi. Mais je deviens plutôt brave et sûr de moi lorsque c’est par écrit, surtout lorsqu’il faut être convaincant.
 
Une fois le mini journal terminé et révisé (ça c’est le bout le plus long car tu sais, je suis un peu comme toi, l’orthographe et la grammaire demeurent des défis pour moi), je le poste (toujours virtuellement) à l’équipe et je me dépêche d’oublier ça pour ne pas me faire de fausses joies et être déçu. De toute façon, peu importe le résultat, j’avais passé un superbe après-midi à faire ce que j’aime le plus au monde, soit de créer, d’écrire et de me remémorer tous les beaux moments de ma vie passés autour d’une table avec des gens que j’aime.
 
En famille
 
J’arrive au cœur de mon histoire, je sais que tu as hâte que je t’en dise plus sur ce qui s’est passé dans les cuisines de Ricardo. Tu veux une tasse d’eau chaude ou une tisane? Tu prendrais plutôt un morceau de pouding chômeur? Je te reconnais là! Ça tombe bien, j’en ai fait. Non, ce n’est pas ta recette, c’est celle de Ricardo. C’est cette version qui a prit le relai de la tienne dans nos party des Fêtes. Elle est différente, mais excellente aussi. Je t’ai déjà expliqué pourquoi je ne cuisine pas tes recettes légendaires comme le pouding chômeur ou ta fameuse tarte aux pommes? C’est parce qu’elles sont irremplaçables et incomparables pour tous tes enfants et petits enfants. Je serais incapable de faire oublier tes recettes, alors je préfère cuisiner celles de Ricardo ou d’autres chefs plutôt que de décevoir tout le monde et surtout, de me décevoir.
 
Je vois que tes mains se remettre à vouloir coudre, même si tes yeux curieux attendent impatiemment la suite de mon récit, alors je continue. Tu as déjà fini ton morceau! Tu l’as aimé, c’est trop gentil, ça me fait tellement plaisir que tu me dises ça…si tu savais comment ça me fait plaisir.
 
Donc, comme prévu à 9h30, une des membres de l’équipe de Ricardo, je crois que c’est la rédactrice en chef du magazine, vient nous chercher dans le stationnement pour nous faire monter dans les bureaux de l’entreprise. Au bas de l’escalier, une couverture de magazine géante et une sculpture faite de fouets de cuisine nous confirment que nous sommes bien au bon endroit. Nous entrons dans les coulisses d’une équipe de passionnés, une véritable famille.
 
Ricardo, son épouse Brigitte, présidente et éditrice en chef de Ricardo Média ainsi que plusieurs membres de l’équipe nous accueillent dans le haut de l’escalier. Ils prennent tous le temps de nous serrer la main et de nous demander nos prénoms. Lorsqu’on se nomme, ils font les liens avec nos « dossiers » de candidatures. Ils sont aussi fébriles que nous, visiblement très heureux de nous recevoir. Une photographe, un caméraman, un perchiste (c’est celui qui tient le micro) et un réalisateur sont là et nous suivront toute la journée pour garder des images de cet événement très spécial.

Ricardo, munit de son grand talent de communicateur nous souhaite la bienvenue, nous présente les membres de son équipe et la responsable des communications nous brosse un portrait des activités qu’ils ont préparées pour nous, les plus grands fans de Ricardo. Nous aurons le droit entre autres à une visite guidée complète de leur siège social, nous pourrons assister à des ateliers de cuisine (j’ai appris comment faire de la crème glacée maison avec ma sorbetière Ricardo), en savoir plus sur les coulisses de la création d’une recette pour le magazine ou l’émission et surtout, nous aurons la chance de partager un repas concocté par la chef exécutive des Café Ricardo, Isabelle Deschamps-Plante.


Ricardo, le guide parfait pour une visite exclusive inspirante.



Cerise sur le gâteau : nous avons eu droit à une séance photo avec Ricardo et d’autres images de nous ont été faites pour publication dans le numéro du 20 septembre 2019. Eh oui ma petite maman, ton fils a sa face dans un magazine de cuisine le jour même de tes 91 ans. C’est fou quand même cette synchronicité. Quand on pense que c’est de toi que je tiens cet amour de la cuisine et surtout, cet envie de faire plaisir à ceux que j’aime.


Le grand chef et son grand fan apprenti.
Comme tu me connais, j’étais plutôt discret, mais j’écoutais chaque parole de nos hôtes pendant la visite et les ateliers et le plus souvent possible, je quittais le groupe pour aller fouiner du côté des membres de l’équipe qui travaillais sur les photos du numéro anniversaire de septembre. Car cet automne, le magazine et l’émission célèbrent leur majorité. Dix huit ans de recettes et de conseils pour bien manger, mais surtout pour manger plus souvent ensemble. En famille et entre amis.C’est exactement ce que nous avons fait pour terminer cette inoubliable journée. Nous avons mangé avec des gens simples, des gens vrais, des passionnés de cuisine et par dessus tout, des fans finis des êtres humains. Parce que c’est principalement cela que j’ai remarqué dans les raisons que les gens donnaient à Ricardo lorsqu’il prenait le temps à table de nous demander pourquoi on aimait cuisiner.
 
À ce moment, je me sentais bien petit, bien humble et presque gêné d’avoir été choisi car ces personnes avaient toutes des raisons touchantes et profondes qui expliquaient cette passion. Toutes ces raisons avaient plus à voir avec leur goût des autres (comme dirait Francis Reddy) qu’avec seulement leur gourmandise. Je me sentais très privilégié d’être à leurs côtés, mais je me sentais aussi comme un imposteur. Avais-je mérité cette place?

 
Ma photo dans les pages du magazine Ricardo
(© Photo : Ricardo Média)


C’est à ce moment que Ricardo se retourna vers moi pour me demander ma motivation à moi, ce qui me poussait à mettre autant d’effort à préparer des plats pour la famille et les amis, à investir autant de temps à recevoir mes proches. Et c’est là que je lui donna une raison toute simple et vraie : « Je fais ça pour dire aux gens que je les aime et leur dire à quel point ils sont précieux pour moi. Ce n’est peut-être pas sain cette relation avec la bouffe, mais c’est ma manière à moi de démontrer mes sentiments. De prendre soin de notre relation ». Je lui ai ensuite expliqué pourquoi je tenais autant à préparer les lunchs de nos deux garçons à chaque jours d’école : « La mère qui porte et met au monde des enfants crée un lien unique et qui se poursuit pour la vie. Pour moi, comme père, j’ai l’impression que je pars avec une méchante prise puisque je ne pourrai jamais prétende m’approcher de ce lien. En préparant ce qu’ils mangent à tous les jours, je tente de laisser une trace dans leur quotidien, de concrétiser l’amour que je leur porte. Prendre ce temps pour eux, faire en sorte qu’ils pensent un peu à moi dans leur journée. » 

Ricardo a bien aimé cette explication et en tant que père, il comprenait très bien ce que je voulais dire. Je me sentais tout à coup à ma place, je méritais moi aussi de partager un repas avec les grands fans, ces chefs du quotidien qui font du bien autour d’eux.
 
Pourquoi « presque parfait » ?
 
Tu dois te demander pourquoi maman j’ai intitulé mon histoire Un dîner presque parfait. C’est simple, c’est que tu ne seras jamais au courant de ce que ton fils a vécu au printemps 2019. Tu ne reconnaitras pas ma face dans le magazine du 20 septembre 2019. Tu ne te souviendras même pas que tu célèbres tes 91 ans ce jour là. Parce que ta mémoire a quitté ta tête, parce que tu es encore ici, mais que tu n’es plus vraiment là.
Un dîner presque parfait parce que je pourrai le raconter à mon amoureuse, à mes garçons, à mes frères et mes sœurs, à mes amis et à plein de gens qui liront cet article sans même me connaître. Mais jamais je pourrai partager ce beau moment avec toi, toi qui m’a cuisiné tellement de bons plats, toi qui a passé tellement de temps à nous préparer des bouffes inoubliables et toi qui a donné ta vie à prendre soin de nous.
 
Presque parfait parce que j’ai dû créer une fausse conversation avec toi pour assouvir mon désir insoutenable de te dire que c’est grâce à toi si j’ai vécu cette magnifique journée de printemps. C’est toi qui m’a transmis le goût de prendre soin de ceux et celles qui m’entourent, le goût de cuisiner et de recevoir, le goût de manger ensemble, de partager.

La magnifique table où nous avons partagé le dîner 
et de beaux moments entre passionnés.


C’est toi maman que j’ai vu lors de cette journée dans les gestes et les regards de Ricardo, de son équipe et des autres fans.
 
Presque parfait, parce que j’aurais souhaité t’offrir comme cadeau d’anniversaire le magazine Ricardo qui fait vivre à ton sixième et avant-dernier enfant ses quelques lignes de gloires sur papier glacé. Pour que tu vois que ton petit garçon trop réservé, pas très sociable et plutôt solitaire était arrivé à sortir un peu de son cocon pour s’ouvrir aux autres. C’était un dîner presque parfait parce que tu n’étais pas à mes côtés.
 
Mais quand j’y pense, c’était un moment parfait parce que tu étais en moi, j’étais ta suite, j’étais ton héritage, j’étais un peu toi.
 
Merci à Ricardo, Brigitte et tous les membres de l’équipe pour votre accueil et vos bons soins.
 
Merci à Chantal et Rychard de m’avoir suggéré de participer au concours.
 
Et merci maman, tu étais parfaite à ce dîner et tu le seras toujours dans mon cœur.
 
Tu peux reprendre ta couture maintenant, je vais aller te servir une autre portion de pouding chômeur, car comme tu disais toujours, il faut bien égaliser le plat, c’est coupé toute croche...
 
Bonne fête maman et bon 18e anniversaire à l’équipe du magazine Ricardo!
 
Patrick


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