Fragment d’âme

Souvent, lorsque que je suis en voyage ou en escapade avec ma famille et des amis, je prends des photos. Parfois trop selon certains de mes proches. Je retarde le groupe y parait. Mais contrairement à la majorité des photographes (compulsifs) amateurs, je ne me contente pas de prendre simplement des paysages ou des portraits des gens qui m’accompagnent. Je m’attarde aux détails. Aux petites choses que personne remarque vraiment. Parce que l’invisible me fascine tout autant sinon plus que ce qui saute aux yeux. 


Un boulon vissé dans une pièce métallique de la coque d’un bateau, une bouée de sauvetage accrochée au garde-fou d’un traversier, un vieux bibelot déposé sur une étagère poussiéreuse, l’étiquette d’une bouteille de bière d’une microbrasserie locale ou la forme particulière d’une poterie. Chacune de ces bribes d’un tout m’aide à mieux voir et apprécier l’image globale du grand casse-tête qui se trouve devant moi. Par la suite, en regardant mes photos, j’ai l’impression de retrouver l’ambiance dans lequel je baignais au moment de ma visite. Je pense aux gens avec qui j’étais.


Derrière ces gros plans, je vois également les humains qui ont fabriqué l’objet, imaginé le décor ou conçu l’œuvre. J’aperçois le portait de tous ceux et celles qui ont eu l’humilité de se mettre au service d’un tout plus grand. Se mettre au service de l’autre.


Je me souviens d’une rencontre avec un potier lors d’un voyage en famille. Nous étions dans son atelier-boutique et il nous expliquait les différentes étapes de la fabrication de ses bols, ses tasses et autres ustensiles du quotidien qu’il fabrique. La forme d’une bouteille d’huile que nous voulions acheter m’intriguait. Je trouvait qu’elle était belle, mais je me disais qu’elle ne devait pas se contenter d’être jolie. Elle devait aussi servir à y mettre de l’huile, elle devait être utile. 

L’artisan nous avait alors expliqué que lorsqu’il conçoit une bouteille d’huile par exemple, il pense aux personnes qui vont l’utiliser. Il façonne des courbes qui épouseront la paume de la main qui soulèvera la bouteille pour verser l’huile sur une salade. Il répartit le poids de celle-ci de manière à éviter qu’elle bascule tête première lorsque l’huile sort du bec verseur. Tout comme moi au moment de prendre la photo d’un objet, le potier s’imagine l’utilisateur en regardant l’objet qu’il crée. Le geste de fabriquer devient aussi beau que l’œuvre qui en résulte.




Étrangement, c’est toute cette humanité que j’aperçois lorsque j’approche la lentille de ma caméra pour cadrer de près un objet inanimé. Je cherche à me rappeler qu’il y a quelqu’un comme moi derrière. Il y a une vie.

Quelqu’un qui ne sait pas nécessairement qu’il a laissé une trace, qui ignore qu’il est utile à quelque chose, à quelqu’un.


Un fragment d’âme.


Patrick Parent


P.S. Bon été et restez attentif aux petites choses que vous croisez. 









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