Le premier que nous prenons en quittant la planète mère est très intense et plutôt involontaire. C’est l’instinct de survie qui nous force à trouver le moyen de ne pas être submergé par ce soudain trop plein d’air.
En quelques instants, nous passons du confort du cocon nourricier à un immense océan ventilé, hostile et inconnu. Cette première fois est tellement traumatisante que notre mémoire l’efface. Elle l’enfuît au plus profond de nous pour éviter la cicatrice.
Lentement, nous apprenons à lui donner le bon rythme, à adopter une cadence qui nous fait presque oublier qui est là. Ça devient un réflexe naturel. Nous savons que ça se passe, mais on ne s’y attarde pas vraiment.
Lorsque celui de l’être aimé réchauffe le creux de notre cou ou effleure notre peau, il devient à la fois sensuel et réconfortant. À d’autres moments, les émotions trop fortes nous le coupe ou il pousse un grand soupir de soulagement quand un mauvais moment est passé.
Lors d’un entraînement, on le force à s’accélérer pour le tenir en forme. À d’autres occasions, tout à fait consciemment, il s’emballe lui-même pour nous obliger à faire une pause pour le reprendre. Pour nous avertir que si on le pousse à bout, on finira par le perdre ou en manquer.
En vieillissant, on s’apprivoise et on comprend qu’on a besoin l’un de l’autre. On s’inspire mutuellement pour éviter d’expirer prématurément.
C’est grâce à lui que nos voiles se gonflent et nous permettent d’avancer, mais c’est nous qui lui offrons l’espace nécessaire pour s’exprimer.
Nous souhaitons tous que notre dernier sera paisible et sans douleur. Et si par malheur il n’est que souffrance et peur, nous espérons que notre mémoire lui réserve le même sort que notre tout premier, qu’il soit complètement effacé.
L’essentiel c’est que les gens avec qui nous l’avons partagé de près et sans retenue, de notre arrivée à notre incontournable départ, se souviennent à jamais que c’est pour eux et elles que nous avons respiré jusqu’à en perdre haleine.
Patrick Parent

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