L’impression d’étouffer me réveille soudainement.Une épaisse fumée blanche m’entoure, je cherche mon air. Je ne sais plus vraiment où je suis, qui je suis. La panique s’empare de tout mon corps, le rythme de mon cœur s’emballe, ma gorge se noue et ma mâchoire se transforme en étau.
Je cherche frénétiquement une sortie. Je sais que je dois fuir, mais je ne sais pas vers où diriger mes pas, lancer ma course. Je ne vois rien, je ne comprends rien. Je n’arrive plus à distinguer la droite de la gauche, je ne trouve plus le haut. J’ai le sentiment que mon salut est vers la bas. Le plus bas possible pour trouver de l’air, quitte à ramper, à m’écraser au sol le temps de me remettre à respirer.
Mais je n’ose pas me laisser tomber. Je n’accepte pas d’être au plus bas, pas moi, pas maintenant , pas encore. Pourtant, c’est la seule façon de retrouver mes repères de quitter cette fumée qui brûle mes poumons et qui transforme mes yeux en torrent de larmes.
J’agrippe tout le courage qui me reste, je le serre très fort contre ma poitrine, je ferme mes yeux rouges et je me laisse tomber. J’avance presqu’à la nage, le mouvement de mes mains et de mes bras dispersent la fumée. Enfin, j’ai l’impression qu’une petite quantité d’air atteint de nouveau mes poumons. Je ne sais pas plus où je vais et ma mémoire commence tout juste à me rappeler d’où je viens. Mais je sais que j’avance, que je respire.
Après avoir avancé un peu, je me calme et tranquillement, je me relève. D’abord sur un genoux puis le deuxième s’aligne au côté du premier. En regardant autour, je me rends compte que ce n’est pas de la fumée qui m’entoure, mais simplement du brouillard. Il est dense et très épais. C’est comme si je ne voyais plus rien. Sauf qu’il se dissipe un peu lorsque je bouge. Par contre, je dois me déplacer très lentement car je ne sais toujours pas où je vais, qu’est-ce qui m’entoure et m’attend.
Pour moi, qui a l’habitude de tout prévoir, d’imaginer ce qui pourrait avoir demain, dans un mois ou l’an prochain, le brouillard est déstabilisant. Il me rend anxieux, il m’angoisse, me fait peur, m’étourdit et me bouscule. Ma tête tourne, j’ai des nausées, je dois m’arrêter un peu pour tenter de reconnaître les lieux et surtout, savoir que je ne suis pas seul.
En prenant mon temps et en ouvrant les yeux, je finis par apercevoir des mains qui émergent de la brume. Des corps qui semblent me tendre les bras. D’autres restent au devant, comme des guides qui m’indiquent que la route est sinueuse, mais sans danger parce que je ne suis pas seul. Je suis appuyé, compris et aimé. D’autres arrivent à contre sens, reviennent de quelque part et s’arrêtent pour me dire qu’ils ont traversé le brouillard eux aussi, mais qu’ils ont fini par en sortir. Fini par retrouver la paix, se reconnaître et reprendre leur route.
Je comprends que pour éviter de me perdre ou de tomber dans un précipice caché derrière la brume, je dois patienter. Je dois m’asseoir un peu pour reprendre des forces, faire le point, réajuster ma boussole et décider de la prochaine direction. Tout cela sans me précipiter, en acceptant qu’il y aura sûrement un peu d’aller retour, de tâtonnement, de remises en question et beaucoup de frissons.
Je sais que j’y arriverai parce que malgré l’incertitude de ce qui est devant, du mal que je ressens, je sais qu’il a des mains tendues, des corps qui m’ouvrent leurs bras, des guides qui m’accompagnent et des gens comme moi qui ont traversé cette route sans se perdre ou en se retrouvant.
À la veille de mes 56 ans, j’apprends à me reconnaître malgré le flou de certains jours, à m’accepter au delà de mes défauts, à m’aimer malgré ma vulnérabilité.
J’apprivoise mon brouillard.
Patrick Parent

Commentaires
Enregistrer un commentaire