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| Maman et moi, je devais avoir 5 ou 6 ans. |
Hommage à ma mère que j'ai lu à ses funérailles le 19 septembre 2021 (presque 18 mois après son décès). Le lendemain, elle aurait célébré ses 93 ans.
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Le 17 avril 2020, en fin d’après-midi, j’étais à la caisse du IGA lorsque j’ai reçu un appel de mon frère Paul. Je n’ai pas répondu puisque j’étais en train de payer mes courses. Lorsque mon téléphone a sonné une deuxième fois quelques secondes plus tard, je n’ai pas répondu non plus. Mais cette fois, c’est parce que je me doutais que c’était une mauvaise nouvelle.
Ceux et celles qui connaissent mon frère Paulo savent bien qu’un téléphone de sa part, c’est un événement en soi. Alors quand il récidive une deuxième fois en quelques secondes, ça ne peut qu’être un drame. J’ai attendu d’être dans la voiture avec Sylvie pour le rappeler. Mes craintes se sont confirmées. Maman nous avait quitté juste un peu avant 17h, avant que son souper soit servi par les préposées.
Le hasard fait de drôles de choses parfois. Maman nous quitte juste avant l’heure du souper et moi je l’apprends à l’épicerie. C’est fou quand même ce lien avec la nourriture. Parce que s’il y a une chose qu’on associe spontanément à notre maman c’est bien toute la bouffe qu’elle nous a préparé.
Elle en a cuisiné des rosbifs, des ragoûts, des patates pilées, des soupes et des tourtières notre mère. C’est surtout pour ses desserts qu’on craquait. Pour certains d’entre-nous, ses sept nains, leur préféré était sa tarte au sucre, pour d’autres c’était celle aux bleuets ou son fameux sucre à la crème qu’elle prétendait souvent avoir coupé croche. Ce qui lui donnait une raison pour égaliser le plat en mangeant les retailles. Moi, c’est sa tarte aux pommes et ses grands-père aux bleuets qui me faisaient saliver…et prendre quelques kilos.
C’est vrai que maman nous nourrissait bien. Mais tout au long de sa vie, elle nous a nourri de bien plus que de bons petits plats.
Lorsque papa et elle organisaient des fêtes de famille et que maman cuisinait pour nourrir son monde, ce n’était pas seulement pour manger. C’était pour être ensemble. Pour se réunir et partager. Ça parlait et ça riait fort autour de la table. Toutes ces réunions et tous ces moments passés ensemble ont nourri notre envie de reproduire ça avec nos petites familles et nos amis nous aussi.
Pendant toute sa vie, maman a également nourri notre désir d’entreprendre des projets. Elle avait toujours des projets de couture, de rénovation, de décoration et de déménagements. Beaucoup de déménagements. Demandez à mes frères et mes sœurs combien de fois dans une année on revenait de l’école pour s’apercevoir que maman avait changé le salon de bord ou repeint la cuisine quand ce n’était pas le mur entre le salon et la salle à dîner qu’elle avait décidé d’abattre.
Notre mère et notre père ont aussi nourri notre côté aventurier avec tous les voyages qu’ils ont fait. Dans le Maine, en Floride, un peu partout au Québec et au Canada et même jusqu’en France. Nous partions toujours vers 4hrs du matin, encore en pyjama, munis de nos couvertures et de nos oreillers, mais sans notre ceinture de sécurité à cette époque. On partait à l’aventure en voiture, ensemble, en clan. Comme nos parents, nous étions toujours partant. Nous le sommes restés pour la plupart et c’est à eux qu’on le doit.
Maman nous nourrissait aussi de ses bons soins. Égratignure, rhume, grippe, gastro, picote et scorbut, pour les plus vieux d’entre-nous, ne lui faisaient pas peur. Garde Gilberte était toujours prête munie de son mercure au chrome, de son peroxyde ou des ses légendaires mouches de moutarde. Je pense même que ses soins m’ont créé une dépendance au 7 Up dégazé, ce qui expliquerait le nombre incalculable de gastro que j’ai fait quand j’étais petit.
Notre mère, nous a aussi nourri de ses rires et de son sens de l’humour parfois un peu piquant. Vous vous souvenez mes frères et sœurs de son petit coup d’aiguille à coudre dans le gras de la cuisse qu’elle nous donnait lorsqu’on était pas loin d’elle sur le divan pendant qu’elle réparait nos vêtements? Après cette attaque surprise, elle baissait ses petites lunettes sur le bout de son nez et éclatait de rire, fière de son coup. Il faut dire qu’on ne donnait pas notre place nous non plus pour la taquiner. Elle avait tellement un rire communicatif, contagieux. On voulait toujours être drôle pour avoir le bonheur d’entendre de nouveau ce rire, qui nous manquera tant maintenant.
Mais son sourire, ses desserts, nos réunions de famille, tous les projets, les voyages, ses petits soins et son amour pour nous tous et toutes vont nourrir nos souvenirs et notre cœur pour le reste de nos vies.
Les souvenirs d’une mère nourricière et surtout, très nourrissante.
Merci maman, merci pour tout, c’était vraiment très bon de t’avoir comme mère.
Ton fils, Patrick

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