Mes forces tranquilles

 

Nos fils au piano, lors d'un voyage familial en Gaspésie.


Je l'avais remarqué avant, mais depuis le début de la pandémie, c'est devenu encore plus évident. Nos garçons s'adaptent, sans plier pour autant. Ils sont conciliants, sans faire n'importe quelle concession. Ils avancent et tracent leurs destinées sans se sentir obligés de défoncer des portes simplement pour montrer qu'ils iront loin. 

Ils écoutent, observent, décodent, comprennent, questionnent et imaginent. Ils se conscientisent, s'ouvrent, se construisent, s'éveillent, s'émancipent et se projettent. Ils se définissent sans que ce soit définitif, car ils ont compris qu'on peut rester soit même tout en changeant. Que c'est justement peut-être la meilleure façon d'être soi. Ils ont compris que la vie c'est le mouvement. Qu'il vaut mieux parfois surfer sur les vagues d'un Tsunami plutôt que de les affronter directement. Qu'à l'occasion, pour éviter le pire, il est plus sage de faire un long détour tout en gardant le cap.

Depuis le début de la pandémie, nos garçons ont suivi les règles. Non sans rouspéter de temps à autre, mais sans jamais manifester ou crier à l'injustice ou pire, à prétendre qu'ils vivaient dans une dictature. Ils ont porté des masques toute la journée en classe, ont renoncé à fréquenter leurs amis ailleurs qu'en ligne, ont accepté de ne plus faire de musique avec leurs camarades lors d'activités parascolaires. Nos garçons n'ont rien vécu de « normal » durant cette période et pourtant, ils comprenaient pourquoi nous devions faire tout cela. Ils comprenaient qu'il y avait des gens qui vivaient des choses bien pire qu'eux. Qu'ils étaient choyés par rapport à un bon nombre d'élèves et de citoyens. 

Nos fils, bien qu'ils ne soient pas encore des adultes, sont depuis mars 2020 bien plus grands que les plus grands d'entre-nous. Bien plus raisonnables et bien plus empathiques que tous les manifestants et les complotistes qui se sont caressés le nombril depuis le début de cette pandémie. 

Aujourd'hui, nos fistons me souhaiteront bonne fête des pères. Ils m'offriront des cadeaux, me diront de beaux mots et prétendront que je suis le meilleur des papas. Mais en réalité, ce qu'ils ignorent, c'est que c'est moi qui a de la chance d'être leur père. C'est grâce à eux que je suis devenu à la fois plus fort et plus fragile. Grâce à eux que j'affronterais tous les dangers pour les protéger. Grâce à eux (ou de leur faute) si j'ai constamment les larmes aux yeux lorsque je vois ce qu'ils deviennent, que je pense aux succès et aux échecs qui les attendent, aux joies et aux peines qu'ils vivront, à l'immense fierté que je ressens à les accompagner dans le début d'eux-mêmes.

Pour la fête des pères, j'aimerais leur dire que si jamais ils deviennent pères à leur tour, je leur souhaite d'avoir des enfants comme eux. Des forces tranquilles qui leur permettront de croire, l'espace d'un instant, qu'ils sont les meilleurs pères du monde.

Papatrick


 

 

 

Commentaires