Je devais avoir à peine 5 ou 6 ans lorsque j’ai construit ma première voiture à coller. En fait, c’était une version sans colle puisqu’on assemblait les pièces l’une dans l’autre en les snapant. Ensuite, il y a eu les vrais modèles « avec colle » puis les trains électriques ainsi que les différents bâtiments, accessoires et décors les entourant.
À l’approche de mon adolescence, je suis passé aux choses plus sérieuses en créant mes propres maquettes inspirées des émissions télévisées comme les Sentinelles de l’air (ma piscine creusée qui s’ouvrait pour laisser décoller la fusée no. 1 était géniale!) ou de mon film préféré, Star Wars.
Avec le recul, je m'aperçois que ma fascination pour le monde en miniature est née avec mon entrée à la maternelle. En même temps que je me rendais compte pour la première fois que le monde extérieur était aussi grand. Je prenais conscience que j’étais vraiment très petit pour ce grand monde.
La découverte du beaucoup plus grand que moi m’a marqué, effrayé même. Comment allais-je faire pour prendre ma place parmi tous ces gens bien plus équipés que moi pour affronter la vraie vie. Celle en dehors de mes maquettes, bien différente de la vie en miniature que je m’étais créée pour me sentir à la hauteur, moins intimidé. Mais malgré tout, plus je grandissais et plus j’évoluais hors de ma petite planète réduite, plus je me sentais minuscule. Inadéquat.
C’est sans doute à ce moment que mon admiration pour les gens plus grand que nature a débuté. Des personnages bien réels tels que Yvon Deschamps, René Lévesque, Elvis, les Beatles, Steven Spielberg, Georges Lucas, Gandhi, Steve Jobs ou des héros d’histoires imaginaires. Ces gens m’inspiraient et m’inspirent encore. Leurs réalisations ont modelé mes aspirations. Tout comme eux, je voulais inspirer les gens, marquer l’histoire.
Mais un spécialiste des modèles réduits ne devient pas un géant aussi facilement. Avec le temps, après avoir tenté de faire la différence dans les nombreux projets dans lesquels je me suis investi, j’ai bien fini par me rendre compte qu’on ne laisse pas sa trace dans l’histoire en ayant comme seule motivation de faire de grandes choses, de changer le monde.
Envergure involontaire
Je sais maintenant que cette quête n’était pas la bonne pour moi. Je ne suis pas quelqu’un qui est capable de mener des projets d’envergure. En fait, peut-être que oui, mais il ne faut surtout pas que je sache qu’ils le deviendront avec le temps.
Ce sont, entre autres, nos nombreuses semaines de confinement qui m’ont fait réaliser que pendant que je jugeais mon parcours de vie en me disant que je n’avais rien accompli de comparable à mes modèles, j’étais devenu, sans m’en rendre compte, plus grand.
Plus grand, parce que je suis père depuis presque 17 ans. Père de deux garçons formidables à qui je dois d’être à la hauteur de mes aspirations. Dans mon petit monde, j’occupe la grande place que je souhaitais. Je ne m’en étais pas rendu compte parce que ce n’était pas mon objectif. En les côtoyants de plus près ces trois derniers mois, et en étant à l’abri de nos courses effrénées quotidiennes, j’ai (enfin) réalisé qu’ils étaient mes plus belles réalisations. Que j’étais une marque dans leur histoire.
Bien que je me sente encore très petit dans ce (trop) grand monde, c’est dans mon rôle de père que je me sens le plus adéquat, le plus utile, le plus vrai et le plus près de qui je suis vraiment.
Mes fils sont plus inspirants que tous les personnages que j’admirais. Ils ont fait de moi un être humain cent fois meilleur que ce que je serais devenu sans eux. À leurs côtés, je suis courageux, fort, sensible, déterminé, drôle, passionné et parfois même, intelligent!
Dans leurs yeux, je suis un peu un modèle. Un modèle à échelle réduite par rapport aux grands de ce monde, mais un modèle en chaire et en os sur qui ils peuvent toujours compter. Un être imparfait, prêt à tout pour eux.
C’est pour toutes ces raisons et bien d’autres qu’en ce jour de fête des pères, je tenais à vous dire merci Jean-Nicolas, Charles-Antoine et Sylvie. Grâce à vous, je suis plus grand. Plus grand que tout ce que j’avais espéré.
Je vous aime grand, très grand.
Patrick

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