L'autre, cet essentiel

Trois de mes essentiels.


Confiné depuis huit ou neuf semaines...Certains jours, j’ai l’impression que ça fait mille ans, j’ai un peu perdu le fil. Le mince fil qui tient tous nos morceaux en place, mais qui menace de se casser un peu plus chaque jour à force de s’étirer. À force de s’y accrocher, de s’y suspendre et parfois, de s'y emmêler. 


Ce fil me fait aussi penser qu’on a un beau tissu social, un filet qui nous protège d’une vertigineuse chute. En effet, cette pause forcée et étrange m’a permis de constater à quel point la communauté est importante. Même si toutes les parties de la catalogne que nous formons sont dépareillées et composées de pièces de couleurs et de matériaux très différents, elles forment quand même un tout qui nous réconforte, nous tient au chaud, nous couvre, nous unis. Nous rend plus beaux, plus grands et plus solides.


Au fil des jours, je prends conscience de l’importance de chaque petit morceau du grand casse-tête que nous sommes collectivement. Tout à coup, je comprends mieux le rôle du commis d’épicerie, de la postière, du pharmacien, de la chercheuse scientifique, du chanteur et de la chanteuse, du médecin, de l’infirmière et du préposé aux bénéficiaires. Soudainement, les gens invisibles hier comme le camionneur, l’éboueur, le thanatopracteur, le livreur, le communicateur, le répartiteur et l’agriculteur sont devenus aujourd’hui les principaux acteurs de notre nouvelle vie de confinés. Ils et elles nous tiennent tous tissés très serrés, nous permettent de ne pas sombrer dans la torpeur, de percevoir, au bout de ce long et sombre tunnel, une lueur. 


Chaque minute de cette pause pandémique qui nous oblige à conjuguer notre quotidien uniquement au présent me fait réaliser à quel point sans les autres je ne serais pas grand chose. Je ne serais qu’un fil qui ne tient à rien, un petit bout de ficelle trop mince qui cherche quelque chose auquel s’accrocher, quelqu’un à qui se relier.


Après tout ce temps passé à me replier dans mes pensées, j’espère me souvenir que l’autre n’est pas seulement nécessaire et utile, mais qu’il est aussi vital et salutaire. Que c’est ensemble qu’on forme un tout. Que l’autre est aussi mon essentiel.


Patrick

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