La petite valise d’une grande femme


J’ai très rarement entendu ma mère dire non à une proposition de voyage ou d’escapade, à une bouffe au resto ou à un BBQ à la maison. Maman était une partante, une femme volontaire qui était toujours prête. Et ce n’est pas une figure de style, elle était vraiment toujours prête avec une petite valise contenant le stricte nécessaire pour partir à l’improviste si une invitation lui était lancée. Elle trainait ce bagage dans sa voiture juste au cas où l’aventure se présenterait. Pour ne pas rater une occasion d’être avec les gens qu’elle aimait. En fait, c’était plus la compagnie que la destination qu’elle aimait.

Ma mère n’était pas simplement une mère. Elle était une cuisinière, une ménagère, une couturière, une menuisière, une infirmière ainsi qu’une grand-mère extraordinaire. Maman a même été une entrepreneure et je ne parle pas de la véritable PME qu’était sa famille de 7 enfants, de 11 petits-enfants et de 5 arrières-petits-enfants. Je parle d’une véritable petite entreprise familiale qui fabriquait et distribuait des sandwichs vendus dans les dépanneurs de la région de Québec. Gilberte Roy était une femme simple, mais toujours très occupée. Occupée à prendre soin de tous ceux et celles qui l’entouraient, de son clan et des autres autour de ce clan.

Maman et papa ont beaucoup voyagé. Pas des voyages luxueux et exotiques, mais de beaux voyages qui nous ont donné le goût à nous aussi d’aller découvrir le monde accompagné de notre monde. J’ai plein de souvenirs de nos vacances d’été à Old Orchard et au camping Wagon Wheel. De nos étés dans un chalet loué à l’Île d’Orléans où j’avais mangé beaucoup trop de fraises dans le potager du voisin. Un excès qui m’avait causé une crise d’urticaire géante. Ce qui ne m’a pas empêcher par la suite d’autres excès de gourmandise.

Quand elle ne voyageait pas, ma mère changeait les meubles de place dans la maison ou changeait carrément de maison. Des déménagements, on en a fait dans la famille Parent. J’ai toujours dit qu’on avait encore plus d’expertise que le clan Panneton dans ce domaine. Pas parce que c’était une hyperactive, au contraire, c’était quelqu’un de plutôt calme, réservée et très discrète. Mais elle aimait que les choses changent. Elle aimait essayer autre chose et au pire, revenir comme avant si ce n’était pas satisfaisant.

Je me souviens aussi de toutes les tantes, oncles, cousins et cousines que nous avons visités ou qui sont passés nous rendre visite à la maison. Les nombreux party que nous avons vécus et là encore, tous les beaux souvenirs que cela nous a laissé. Tous ces souvenirs collectifs m’habitent et ont fait de moi une partie de ce que je suis.

Mais les souvenirs les plus précieux pour moi demeurent les moments où j’étais seul avec maman. Toutes les grandes et petites choses qu’elle a faites pour moi. Toutes les tartes aux pommes cuisinées pour mes anniversaires. Tous les soins prodigués lorsque je faisais de la fièvre ou j’avais une 288e gastro. Tout le réconfort qu’elle m’a donné lorsque j’étais triste ou lorsque je traversais des moments difficiles. Toutes les caresses et les baisers laissés doucement sur mes joues qui encore aujourd’hui se ressentent dans tout mon âme.

C’est tout cela et bien plus encore qui me revient en tête depuis vendredi dernier. Le jour où son cœur s’est arrêté pour la libérer de son confinement que lui imposait la maladie d’Alzheimer depuis plus de 8 ans. Sa petite valise était prête depuis longtemps, mais elle ne savait plus qu’elle pouvait partir, ne savait plus vraiment qu’elle avait toujours dit oui aux occasions de vivre une nouvelle aventure.

Maman, le 17 avril dernier juste avant l’heure du souper, a quitté pour son dernier grand voyage. Elle a quitté avec une petite valise, mais elle laisse derrière elle beaucoup de bagage ainsi qu’un vide qui prend toute la place, un silence qui résonnera longtemps dans mon cœur.

Aujourd’hui maman, j’aimerais tellement que tu me bordes comme lorsque j’étais petit et que tu me chuchotais à l’oreille « rêve aux anges mon petit garçon ». J’espère rêver à toi, mon ange qui a toujours veillé sur moi.

Ton petit garçon a une peine immense et tes bras me manquent. J’aimerais tellement m’y retrouver pour que tu me consoles de ton départ. C’est cette dernière étreinte que je regretterai jusqu’à la fin du monde.

Merci pour tout maman. Merci pour tant de choses qui ne seront plus jamais les mêmes et pour toutes les autres qui m’accompagneront à jamais.

Ton fils qui t’aime.

Patrick

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