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| Ville de Bonaventure en Gaspésie (© Photo : Roy-Parent) |
Nous sommes déjà en vacances depuis quelques jours. Mais dans quelques heures, nous partirons en voyage en famille. À l’extérieur de notre zone de confort, hors de notre productivité habituelle. Loin de nos courses quotidiennes, de nos (fausses) urgences, de nos marathons routiniers, de notre boucle sans fin. Nous allons prendre l’air pour reprendre notre souffle. Comme chantait Boule noire, nous partons « Loin loin de la ville ».
Cette année, nous avions vraiment envie de grands espaces. L’immense besoin de quitter l’asphalte et le béton, le tout droit, le tout rigide, le trop réglé, l’obligatoire et le pré-formaté. Laisser derrière nous ce trop plein pour faire le vide dans plus grandiose, plus ouvert et surtout plus lent. Nous souhaitions allez voir si en ralentissant on ne pouvait pas finir par rattraper le temps perdu. Finir par se rattraper. Échanger les aiguilles de l’horloge pour les flèches de la rose des vents et souffler très très fort dedans. À en perdre le souffle retrouvé. Aller gonfler d’air nos éoliennes internes pour se redonner de l’énergie. Se déconnecter pour mieux se rebrancher sur ce qui compte réellement.
Paradoxalement, nous devrons faire défiler les bandes blanches (comme chantait Cabrel…) sur l’asphalte de la grande route pour fuir cette asphalte, omniprésente dans nos villes, qui écrase tout sur son pavage, aplani ce qui dépasse et surtout, ce qui nous dépasse. Ce bitume contre nature (ça ferait un beau titre de documentaire sur les gens de Québec qui se déchirent entre le communautaire et le libertarien) qui impose son rythme et qui accélère le sang dans nos artères en même temps que l’étalement urbain.
Au début, nous ferons comme à tous les jours. Nous voudrons dépasser tout le monde. On s’emportera contre les autres qui n’avancent pas assez vite ou contre ce feu qui semble passer au rouge seulement quand c’est à notre tour de franchir l’intersection, notre tour d’avancer pour aller nulle part. Pour gagner du temps, cumuler nos jours de vacances, faire vite pour enfin pouvoir ralentir.
Et puis après avoir traversé le pont, celui qu’on emprunte seulement lorsqu’on quitte nos propres traces, nous laisserons tomber notre confort et notre indifférence (ça c’est de Denys Arcand, mais il ne le chantait pas, il le filmait) pour s’ouvrir à ce qui a autour. On s’abandonnera enfin au ici et maintenant sans se laisser obnubiler uniquement par la destination, par ce qui nous attend devant, dans notre futur anticipé.
Laissé à nous même, on finira enfin par se perdre dans la nature en prenant bien soin de chasser son frère, le naturel, pour éviter qu’il revienne trop vite au galop.
Bonnes vacances!
Patrick

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